L’absentéisme (Partie 1) : un symptôme bien plus profond qu’on ne le croit
- Ludovic Saufnay

- 20 nov. 2025
- 4 min de lecture

Cet article est issu du podcast « Et si l’absentéisme n’était pas le vrai problème ? – Partie 1/3 », présenté par Claudia Florio d’Interfacing People et Cédric Andrien d’Amédience, que vous pouvez écouter ici : https://smartlink.ausha.co/sans-filtre-mais-un-peu-quand-meme/et-si-l-absenteisme-n-etait-pas-le-vrai-probleme-partie-1-3.
L’absentéisme… un mot qui déclenche souvent crispations, jugements rapides et politiques de contrôle. On pointe les certificats médicaux, on soupçonne les médecins, on scrute les collaborateurs. Pourtant, derrière chaque absence se cache un contexte, une histoire, un environnement de travail.
Dans cet épisode du podcast Sans filtre… mais un peu quand même, Claudia et Cédric nous invitent à remettre du sens sur un sujet souvent réduit à des chiffres.
Et si l’absentéisme n’était pas un problème en soi, mais le révélateur d’un malaise plus large ?
C’est quoi, au juste, l’absentéisme ?
On pourrait croire qu’il s’agit simplement d’un collaborateur qui n’est pas présent à son poste. La réalité est bien plus nuancée.
Être absent, c’est parfois…
👉 Vivre sa vie
👉 Tomber malade
👉 Se casser un poignet
👉 S’occuper d’un enfant
👉 Assister à une formation
👉 Devenir parent
Rien de tout cela n’a quelque chose d’anormal.
Mais les entreprises, elles, définissent chacune leur propre vision de l’absentéisme :
Certaines comptent les congés.
D’autres intègrent les formations.
Certaines scrutent les clics sur un ordinateur pour vérifier la productivité réelle.
Le travail n’est pas un fait “naturel”. C’est une construction sociale, un cadre que nous avons décidé de mettre au centre de nos vies. Parfois au prix de notre santé.
Quand les entreprises décident ce qui est “normal”… ou pas
Chaque organisation pose sa propre frontière entre une absence acceptable et une absence problématique. Et ces frontières varient considérablement :
Des entreprises très contrôlantes, qui surveillent même l’attention portée à une tâche.
D’autres qui refusent d’envoyer en formation, car ce serait une “absence” coûteuse.
Des managers qui tolèrent… ou pas… selon leurs habitudes, leur charge mentale ou leur propre culture du travail.
Cela a pour résultat que deux collaborateurs vivant la même situation peuvent être jugés totalement différemment selon le service où ils travaillent.
Les types d’absences… et la grande inquiétude autour du certificat médical
L’absence qui attire le plus les regards, c’est celle liée à la maladie. On parle vite de complaisance, d’abus, de médecins trop généreux.
Et pourtant, la maladie n’est pas le cœur du problème.
Le vrai enjeu se trouve ailleurs :
Quelles conditions de travail produisent ces absences ?
Qu’est-ce que l’organisation met en place ( ou pas ) pour soutenir ses équipes ?
Cette obsession du certificat révèle surtout une volonté de maîtriser ce qui échappe : le facteur humain.
L’absentéisme rose : être présent… mais absent
L’absentéisme rose, ou silent quitting, désigne les personnes présentes physiquement mais absentes psychiquement. Elles devraient être en arrêt, mais la pression (sociale, managériale, financière ou personnelle) les pousse à venir quand même.
Ce phénomène est destructeur :
⚠️ Baisse de productivité
⚠️ Erreurs
⚠️ Mauvaise ambiance
⚠️ Contagion émotionnelle
⚠️ Aggravation de la santé du collaborateur
Ironie cruelle :
À vouloir “lutter contre l’absentéisme”, certaines entreprises créent les conditions parfaites pour… en produire davantage.
Ce que disent les chiffres… et ce qu’ils ne disent pas
Les chiffres augmentent, c’est vrai. Ils inquiètent. On les brandit dans la sphère politique pour justifier des réformes.
En Belgique :
environ 6 à 7 % des travailleurs sont absents chaque jour, tous motifs confondus.
les pathologies les plus fréquentes sont les troubles musculo-squelettiques, suivis par les maladies psychiques.
Mais ces chiffres sont incomplets :
Les certificats courts ne sont pas comptabilisés par l’INAMI.
Chaque organisme produit ses propres statistiques.
Les réalités du privé, du public, des petites structures ou des grands groupes ne sont pas comparables.
Bref, on parle beaucoup d’absentéisme sans jamais vraiment savoir de quoi on parle.
Ce que révèle l’absentéisme : le rapport au travail… et au lien
Et si l’absentéisme révélait une perte de lien dans nos organisations ?
Un humain ne se pilote pas comme une machine. Il ressent, traverse des émotions, interagit, doute, s’épuise. L’obsession du contrôle montre surtout la difficulté croissante à faire place au vivant dans le travail.
Un premier portrait d’un sujet beaucoup plus vaste
Ce premier épisode pose les bases :
L’absentéisme n’est pas un problème individuel.
Il est profondément lié à l’organisation du travail.
Il s’explique davantage qu’il ne se surveille.
Et les pratiques managériales jouent un rôle central dans son apparition… ou sa prévention.
L’absentéisme n’est ni un caprice, ni une défaillance individuelle.
C’est un signal.
Le symptôme d’un système qui s’essouffle, d’un manque de sens, de difficultés organisationnelles ou relationnelles non traitées.
Ce premier épisode nous offre une grille de lecture plus humaine, plus nuancée, plus réaliste du phénomène.
Et il ouvre surtout un chantier passionnant :
👉 Comment les organisations peuvent-elles agir concrètement pour prévenir l’absentéisme ?
👉 Comment analyser les situations de terrain ?
👉 Quel rôle jouent le management, la charge de travail, l’environnement, le sens ?

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