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Pourquoi votre public cible dit “non” alors qu’il est déjà convaincu

  • Photo du rédacteur: Ludovic Saufnay
    Ludovic Saufnay
  • 11 oct. 2025
  • 5 min de lecture
Illustration d’une personne hésitant entre faire un don et s’abonner, symbolisant la friction dans l’expérience utilisateur.

J’étais cette semaine tranquillement à mon bureau, concentré sur le travail d’un de mes clients , lorsqu’on a sonné à ma porte. J’ouvre, sourire aux lèvres, et je découvre une représentante d’une organisation humanitaire bien connue.


Son discours est bien rodé, parsemé de questions suggestives à biais moral et de petites formules “pied dans la porte” du type : « Êtes-vous d’accord pour permettre à tous d’avoir accès à de l’eau potable ? »

Mais qui pourrait répondre « non » à cela ? 😏


Vient ensuite l’explication sur la manière d’aider cet objectif admirable… puis la demande de don. Et c’est là qu’un détail, pourtant anodin, m’a fait reculer. 😯

Je voulais aider.

Je pouvais aider.

Et pourtant, j’ai dit « non ».


En tant qu’UX designer, ce moment m’a interpellé : Pourquoi un discours convaincant, face à un public déjà acquis à la cause, conduit-il malgré tout à un refus ?


Ce petit épisode du quotidien illustre un phénomène plus large : parfois, le problème ne vient pas de la cause (aussi louable soit-elle), mais de la manière dont on cherche l’adhésion.

Et dans un monde saturé de sollicitations, cette nuance peut faire toute la différence.


Ce qui fonctionnait hier peut faire fuir aujourd’hui


Ce qui m’a fait reculer ? La méthode de paiement.

« Le principe est de faire un versement récurrent chaque mois… mais ne vous inquiétez pas, même 0,50 € suffit. » me dit-elle 🤷‍♀️.


Lorsque Greenpeace a popularisé à Vienne, en 1995, l’inscription directe au don mensuel, cela a révolutionné la collecte de fonds. Le modèle du “je m’abonne à la cause” était à la fois ingénieux et adapté à son époque : il fidélisait les donateurs tout en assurant une stabilité financière aux associations. Mais à l’époque, nous pouvions encore garder un œil sur les quelques abonnements que nous avions souscrits.


Aujourd’hui, la situation est bien différente. Les abonnements ont envahi notre quotidien : musique, streaming, logiciels, alimentation, cloud…


Le concept s’est banalisé, au point de devenir pour beaucoup une source de saturation mentale.


Qui peut encore prétendre n’avoir aucun prélèvement mensuel à surveiller ?


Dans mon cas, j’en ai autant dans ma vie privée que pour ma société. Je tiens même un fichier Excel pour garder une vue d’ensemble sur ces dépenses récurrentes.

Et alors que j’essaie justement d’en réduire le nombre, voilà qu’on me propose d’en ajouter un nouveau. 😱


C’est là que le discours, pourtant bien mené, s’est heurté à une réalité simple : la charge mentale liée à l’accumulation d’engagements.


Ce qui m’aurait permis d’aller jusqu’au bout ?

La possibilité de payer en une seule fois.

Le résultat aurait été le même pour l’association. Mais sans que j’aie à alourdir mon tableau Excel ou ma liste de prélèvements.


Ce petit détail en apparence anodin illustre un point essentiel : ce n’est pas l’intention qui bloque la conversion, mais la manière dont l’action est proposée. Et c’est exactement ce que le design d’expérience nous enseigne : s’adapter aux usages du moment plutôt que d’espérer que les gens s’adaptent à nos méthodes. 😉


Adaptez-vous à votre public cible, pas l’inverse


Comme je l’ai mentionné plus haut, le don par abonnement était une idée parfaitement en phase avec son époque. Mais les époques changent, et leurs contextes avec elles.




Aujourd’hui, les habitudes de consommation, les usages numériques et même la manière dont nous gérons nos finances personnelles ont profondément évolué.


Un modèle qui fonctionnait hier peut devenir un frein demain, simplement parce qu’il ne correspond plus à la réalité quotidienne des gens.


Pour un organisme humanitaire, rester à jour ne consiste pas seulement à suivre les “tendances”, mais à écouter sincèrement les comportements de son public :

leurs contraintes, leurs outils, leurs émotions.


C’est en observant ces micro-détails qu’on maintient la confiance et qu’on élargit son impact.


Dans mon cas, après avoir décliné la proposition de la représentante, j’ai quand même voulu contribuer. Je me suis rendu sur le site officiel de l’organisation et j’ai effectué un don, de la manière qui me convenait le mieux. ❤️💶


Et cette expérience m’a amené à me poser une question simple :

Combien de personnes, dans la même situation, n’iront pas jusque-là ?


Combien de potentiels donateurs se perdent en route, non pas par manque d’empathie, mais parce que la méthode proposée ne leur correspond pas ?


Et c’est bien là le cœur du sujet : dans toute démarche d’adhésion, la forme compte autant que le fond.

L’expérience proposée doit être pensée avec, et non contre la réalité du public que l’on cherche à toucher.


Et quelles sont les solutions ?


Dans la situation qui illustre mes propos, je vois une solution assez simple à mettre en place : les paiements via QR code. Cela ne prend que quelques secondes et cela rassure les personnes qui, comme moi, sont réticentes à ajouter un nouvel abonnement à leur liste.


Mais cette réflexion est applicable bien au-delà du porte-à-porte humanitaire. Ce qu’elle souligne, c’est la nécessité de diversifier les modes d’engagement pour s’adapter à la réalité des usages actuels.

Les comportements évoluent, les contraintes changent, et il est illusoire de penser qu’un modèle unique, même s’il a fait ses preuves, restera éternellement pertinent. 😏


Aujourd’hui, il existe une multitude d’alternatives pour répondre aux préférences de chacun :

  • Le don ponctuel immédiat via mobile ou QR code, pour ceux qui veulent agir sur le moment sans s’engager.

  • Le don à durée déterminée, où l’abonnement s’arrête automatiquement après quelques mois.

  • Le don par mission, qui permet de choisir un objectif concret (un repas, un kit, un arbre planté).

  • Le micro-don sur achat, où l’on arrondit simplement une dépense du quotidien.

  • Le don collectif, réalisé à plusieurs pour un impact commun.


Toutes ces options ont un point commun : elles redonnent du contrôle au donateur.

Et c’est bien cela, le cœur du problème. Dans une société saturée d’engagements permanents, ce que les gens recherchent, ce n’est pas la gratuité, mais la liberté de choisir quand et comment ils veulent contribuer.


Que retenir de cette expérience ?


L’expérience de don doit aujourd’hui être envisagée comme n’importe quelle autre expérience utilisateur : simple, claire, flexible et respectueuse du contexte de vie des personnes.


Le don n’est pas un simple acte financier, c’est une interaction humaine. Et comme toute interaction, elle demande de l’attention, de l’empathie et de l’adaptation. Les organisations qui sauront repenser leur approche avec cette sensibilité offriront une expérience plus juste, plus engageante et surtout plus durable.


Car au fond, adapter sa méthode de collecte n’est pas seulement une question de technologie ou de stratégie marketing : c’est un acte d’écoute.


Et dans le monde de la solidarité, écouter ceux qu’on sollicite est déjà une première forme d’humanisme.


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